Si beaucoup de touristes rejoignent volontiers notre région et viennent y séjourner, c’est notamment en raison des paysages que notre belle Ardenne offre au regard. Forêts, vallons, rivières, prairies, végétation diversifiée et richesse des couleurs, autant de merveilles qui réjouissent tant les yeux que le cœur. Le danger pour les autochtones serait de s’y habituer au point de ne plus mesurer la chance de vivre dans un tel écrin.
À l’heure où se pose avec une particulière actualité la question du devenir du Vivant sur notre Terre, nous pouvons nous demander si cet enjeu n’est pas aussi spirituel.

En effet, quelles que soient nos convictions, nous recevons la vie sous toutes ses formes comme un « donné » qui nous précède et pour lequel nous ne pouvons faire valoir aucun mérite. Ce premier constat nous invite à l’émerveillement et à un infini respect. Au même titre que je ne peux être propriétaire de mon semblable – devant le mystère duquel, je ne puis que m’incliner – de même, la vie qui m’entoure et la Terre qui m’héberge méritent une reconnaissance de ma part. Elle se traduit par une attitude respectueuse et responsable à mille lieues de la domination et de la possession.

Le croyant, quant à lui, verra son émerveillement se muer en gratitude profonde à l’égard du Créateur. Aux yeux de la foi, toute vie est avant tout don de Dieu. Devant ce don, chacun est invité à la louange, cette prière qui exprime l’admiration devant l’œuvre divine et la reconnaissance profonde pour la gratuité de celle-ci dont nous sommes tous bénéficiaires.

Pour le priant, il s’agit bel et bien de contempler dans la nature et tous les êtres vivants, l’œuvre du Créateur. Ouvrant largement les yeux et les oreilles du cœur, nous pourrons alors entendre Dieu nous parler, nous dire cet amour infini et parfaitement gratuit. Chaque créature nous parle de Dieu, les paysages le chantent, l’univers en suggère la grandeur.

Contempler la succession des saisons, la croissance des plantes, le cycle de l’eau, la splendeur du soleil et la lueur reflétée par la lune, la diversité des espèces ; admirer la fleur des champs et se laisser bercer par le clapotis du ruisseau, nous fait mesurer combien tout s’articule et s’harmonise dans une profonde unité. De la nature qui les entoure, les êtres humains font partie eux aussi. Plus encore, ils prennent conscience de cette profonde solidarité qui les unit à tous les êtres vivants. Comment alors ne pas mobiliser toutes les énergies à travailler à une plus grande fraternité universelle ? Si je suis en communion de fait avec tout le Créé, car créé moi-même, je dois au premier titre, me sentir profondément uni et solidaire de mes frères et sœurs en humanité, proches ou lointains. Je ne peux me désintéresser de leur devenir.

Répondant « oui » à l’appel du pape à sauvegarder la Maison Commune, je ne peux que tendre une oreille attentive à la ‘clameur de la Terre’ et aux cris des peuples les plus pauvres. Décidément, s’émerveiller devant la beauté de la Création nous remet profondément en cause et nous invite à opérer de sérieux changements dans nos modes de vie. N’hésitons pas, l’enjeu est de taille !
Abbé Pascal ROGER