La période de Noël qui approche est, dans nos régions, un temps de consommation intense. Il y a bien sûr les banquets successifs qui mettent à rude épreuve nos pauvres estomacs contraints de cumuler les heures supplémentaires sans recours possible à un quelconque syndicat. En outre, des cadeaux prendront place au pied du sapin pour le plus grand plaisir non seulement des bénéficiaires mais aussi des commerçants. Enfin, il ne faut pas négliger les voyages d’agrément et autres city-trips nombreux durant les congés de fin d’année.

Et voilà que résonne à nouveau cette invitation à prendre soin de la Création et à adopter un mode de vie en cohérence avec cette exigence. Comme il est difficile de poser ces choix audacieux auxquels la sauvegarde de la Maison Commune nous appelle ! Peut-être faut-il d’abord adopter la juste attitude ? En occident, certains commencent à comprendre que vouloir tout posséder ne conduit nulle part ; qu’il s’agit là d’un leurre, d’une illusion de bonheur qui ne laisse derrière elle que vide et insatisfaction. Les aspirations profondes de l’être humain vont bien au-delà des biens matériels et ne sont ni quantifiables ni mesurables et ne peuvent faire l’objet de quelque commerce. Amour, amitié, loyauté, présence, consolation, encouragement… sont essentiels à la vie de l’homme et ne s’achètent pas sur Amazon. C’est pourquoi, le temps est venu de redécouvrir deux valeurs qui ne semblent plus guère faire partie du lexique contemporain : humilité et sobriété.

       L’humilité exige une prise de conscience de sa condition et de sa place au milieu des autres et de l’univers. Le mot « humilité », du mot latin « humilitas » dérivé de « humus », signifie « terre » qui a la même racine que celle du mot « homme ». Ce lien à la terre et cette proximité avec elle nous invitent à prendre notre juste place. Celle-ci ne peut en aucun cas être celle d’un propriétaire ni celle d’un exploitant. En acceptant notre condition, en nous reconnaissant liés à la Terre presque dans un rapport filial, nous devons considérer ses biens avec respect et mesurer notre responsabilité à leur égard.

       Pourquoi évoquer la sobriété ? Comme dans une fratrie, nous ne pouvons pas accaparer toutes les ressources familiales pour nous seuls. Il nous faut accepter une répartition équitable des biens ; ce qui exige pour chacun de s’imposer des limites. Comme le disait Sr Dorothy Stang, martyre du combat pour l’Amazonie et ses pauvres : « Il ne faut pas se demander ce dont j’ai envie mais ce dont j’ai besoin ». En bref, il faut savoir renoncer à quelque chose pour un bien plus grand, pour le bien des autres.

       Que Noël soit un temps privilégié pour goûter à la joie d’être ensemble, tout simplement !

Abbé Pascal ROGER