Donner… Avec ce verbe, c’est le grand méli-mélo ! Tout peut se donner : le temps, le repos, la destination, la confiance, l’heure, le gîte, l’argent, la vie, la mort…
Une infinité de possibles, et pourtant, comme l’écrivait Kalil Gibran : ”Vous ne donnez que peu lorsque vous donnez de vos biens, c’est lorsque vous donnez de vous-mêmes que vous donnez réellement.”
Donner de nous-mêmes ?

Invitation à offrir du lien, entre ici et là, entre ce visage et mon attention, filament invisible d’un regard à une parole, d’un silence à une respiration.
C’est par le don que tout commence. Le sourire qui se penche, les jeunes bras qui se tendent.
Donner le jour et puis donner la vie, au fil des jours… malgré l’usure et les rebuffades, donner sans attendre, donner sans retour.
Au terme de la traversée s’annonce une autre manière de donner, de se donner : action ultime qui laisse dans la question radicale, un au-delà, une déchirure d’où peut surgir de la lumière, un jaillissement de tendresses.
Entre ces deux balises, la vie personnelle, l’aventure collective, route de voyages, chantiers, tables de fêtes, bancs de rencontres, clairières de silences ; les solidarités de recherche plantées dans un décor palpitant, tantôt hospitalier, tantôt chaotique.
Donner c’est oser ! Avoir l’audace de dépasser les limites de sa personne, ouvrir les frontières du confort et de la certitude.
Oser avancer avec les mains vides, l’impuissance de guérir, la muette parole, les larmes retenues, la peur camouflée.
Oser attendre avec des rêves, des projets et son sac de joie, sur le quai des impatiences.
Oser rejoindre la fête de l’enfant prodigue.
Donner, c’est la liberté de passer le relais. Non pas rendre comme celui qui avait gardé son talent mais transmettre pour que cela donne vie ailleurs, plus loin, plus tard.
Il y a dans l’audace du don des frémissements de nouveauté radicale, l’intime conviction d’ouvrir la fenêtre côté Évangile.

Hubert BATTEUX