Vous me manquez

          Pour tous, l’expérience du confinement est totalement inédite. Nos sociétés occidentales sont depuis longtemps fondées sur le respect des libertés individuelles. Jouir de ce bien précieux semblait tellement évident qu’on en venait à l’oublier. Et rien à l’horizon ne paraissait pouvoir le remettre en cause. Bien sûr, tous savent que dans de nombreuses contrées du monde, il reste un rêve inaccessible. Mais, chez nous, il fait partie du quotidien. Les libertés de pensée, d’expression, de mouvement, d’association, nous paraissaient des droits acquis. Cependant, depuis la mi-mars, nous faisons la rude expérience de limites, de mesures restrictives, de sanctions sévères. Nous les acceptons car nous en comprenons l’enjeu mais non sans être quelque peu déstabilisés. En effet, tout cela a de l’incidence notamment sur notre quotidien, nos habitudes, nos modes de fonctionnement.

          Parmi les réalités particulièrement impactées par le confinement, se classent en première position nos relations. Les familles ne peuvent se retrouver, le travail en équipe n’est plus possible, les repas entre amis sont proscrits, les rencontres de la vie associative annulées et j’en passe. Certes, nous disposons de moyens modernes qui permettent de communiquer à distance et même de tenir des réunions. Il est vrai qu’ils sont précieux. Depuis qu’ils sont apparus, certains ont dénoncé leur omniprésence dans la société au point de nuire à l’échange et à la parole partagée. D’aucuns ont peut-être même cru que l’on pourrait se contenter des réseaux sociaux en faisant l’économie de la proximité physique.

          Puis vint le confinement et le manque s’est fait cruellement sentir. Ne plus chérir ceux qu’on aime, ne plus embrasser ses petits-enfants, ne plus accompagner l’expression des sentiments, de gestes de tendresse, … et la vie a perdu une grande part de sa saveur. Par nature, l’être humain est relationnel et ses relations ne peuvent être totalement médiatisées par la technique. Comme il est né de l’amour de ses parents, comme il s’est éveillé grâce aux sourires et aux paroles prononcées sur son berceau, comme il a appris ses premiers mots de ceux qui lui ont parlé, l’être humain a besoin d’échanges, de regards, de gestes, de contacts, … pour tenir dans l’existence.

          Pour les chrétiens aussi, la période fut rude. Elle les a privés d’une véritable présence communautaire où l’on se rencontre, célèbre ensemble un même Seigneur, se porte dans une prière et une liturgie partagée. Même s’ils ont pu apprécier la qualité des offices à la télévision, via youtube ou facebook, ils ont mesuré qu’un chrétien sans la présence de ses frères est en quelque sorte orphelin. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » (Mt 18, 20)
Entrons dans le déconfinement, riches de nos redécouvertes !

Abbé Pascal ROGER