Joie et Spiritualité

Quels mots pour « Joie et Spiritualité » en ce temps douloureux de pleurs et de mort ? Quelle traversée vivre en ce temps de passages, à l’heure de sanglantes Pâques ?
Où courir ? Vers où marcher pour renouveler le cœur de l’homme ?
Ce matin d’Ardenne, le soleil s’est levé au chant du coq, la terre bourgeonne, une nouvelle saison s’habille de printemps et de migrations.
Au pied d’une haie nue, un bouquet de lumière: les premières jonquilles !
Les mois de grisailles, d’humide et de masques enfantent de l’or.
La couleur est contagieuse et colonisera bientôt les prairies comme les fossés, les sentiers de silence comme les chemins de voyage.
La spiritualité est semblable à ces fleurs sauvages qui offrent une couleur chaude aux parcelles d’espérance.
La spiritualité échappe aux directives du « bien penser », du « bien prier ». Elle ne descend pas du ciel, elle monte d’une eau souterraine, telle la vigne dont les racines boivent sous les craquelures des sécheresses.
La spiritualité ne sort pas d’une boite de secours logée dans le tiroir aux souvenirs, mais s’offre en bouquet fragile à celui qui cherche le jour : « je viens m’asseoir près de toi dans cette heure aspergée de peurs, sans rien d’autre que la joie nue de l’écoute et du regard ».

Proposée, voire imposée comme une pratique pour gagner le ciel des élus, les religions l’ont parfois disqualifiée, dénaturant son eau claire. Jésus n’aura de cesse de dénoncer cette inhumanité, prenant les chemins de traverse pour relever quiconque ! Il ose une spiritualité universelle : chaque homme est capable de renaitre, chacun est capable de fleurir l’humanité.

Les moments catastrophes que nous vivons sont couronnes d’épines et creusent nos manques, mais s’y ensemencent nos capacités à prendre soin de l’autre.
Sortir les mains nues et le cœur à découvert sont les élans qui trouvent leur départ dans l’âme, leur joie dans les audaces de solidarité et d’accueil.
Pâques fait surgir la joie de nos torpeurs pour dresser la table de l’accueil oublié.
Au cœur de nos noirceurs, dans l’intime de notre personne, dans l’espace partagé par la paix de nos convictions humaines et la vérité de nos doutes, voici venir la force d’être les visages qui soignent et réparent.
La spiritualité de la joie dont nous avons le goût n’a ni sac ni bourse, elle a juste la tendresse de nos yeux.

Hubert Batteux